dimanche, 20 mai 2012 |

3 visiteurs en ce moment

 

Il était une fois Pato de loup le châtaignier des Billouteaux

Liens sociaux:

Le 24 octobre 2010, « la Pato de loup » a orga­nisée la pre­mière cas­ta­gnade de Fabas en par­te­nariat avec la commune et la fédé­ration Rénova. Cette fête signait le réveil de l’association pour la sau­ve­garde du patri­moine naturel et bâti, créée en avril 1997 en réaction à la condam­nation de Nanette à abattre le châ­tai­gnier des Billou­teaux, hameau de Mon­tardit. Retour sur la belle et triste his­toire du châ­tai­gnier Pato de Loup. Chro­nique d’un achar­nement, ou l’histoire de Nanette contre Mon­sieur Anodin.

Or donc, il était une fois au hameau des Billou­teaux sur la commune de Mon­tardit, sur une terre appar­tenant à Nanette, la der­nière née en 1923 et la seule rési­dente per­ma­nente, un majes­tueux châ­tai­gnier Pato de loup. Une variété de châ­tai­gnier remar­quable, âgé de plus de 120 ans au pied duquel Nanette aimait s’asseoir en pensant à sa grand-​​mère. Une grand-​​mère qui lorsqu’elle était jeune fille lui racontait les fables de la Fon­taine et les contes de Per­rault. Bref, pour Nanette, le hameau était un petit paradis, « le paradou » d’Émile Zola. Jusqu’au jour où ce coin de nature est devenu un enfer.

Tout com­mence en 1991, lorsque le maire de Mon­tardit informe ses admi­nistrés d’un projet d’élargissement sur trois mètres d’un ancien sentier utilisé depuis des temps immé­mo­riaux par les quelques habi­tants du hameau pour accéder à un lavoir et un abreuvoir. En réalité, le châ­tai­gnier de Nanette gênerait la cir­cu­lation des camions bennes ouvertes (! ?) de Mon­sieur Anodin, ci-​​devant maire et entre­preneur de travaux publics. Le projet suscite la réaction des rive­rains et une pétition recueille moults signa­tures d’opposants. Du tac-​​o-​​tac, en réponse un arrêté muni­cipal prescrit l’élagage des plan­ta­tions le long des voies com­mu­nales et rurales, pré­cisant que les arbres implantés à moins de deux mètres des voies devraient être abattus, ceci aux frais des pro­prié­taires, sans indem­ni­sa­tions en cas de défaut avant février 1992.…

C’est le début de près de dix ans de pro­cé­dures auprès des chambres civiles et admi­nis­tra­tives rendant au fil des ans des juge­ments contra­dic­toires. De lettres recom­mandées en arrêtés, de tri­bunaux en cours d’appel, d’expertises en cas­sation, le combat pour la sau­ve­garde du châ­tai­gnier des Billou­teaux est une véri­table saga judi­ciaire, un véri­table achar­nement de Mon­sieur Anodin qui n’aime pas que l’on lui résiste.

Alors que des exper­tises de l’ONF et de la DDE concluent à la nécessité de faire abattre le châ­tai­gnier pour des raisons de sécurité, une contre-​​expertise affirme que l’arbre de Nanette est très bien entretenu, que la souche vigou­reuse est ancrée dans un sol sain et qu’il doit pouvoir vivre encore une bonne tren­taine d’années… Qu’importe, le maire va jusqu’à affirmer que ce châ­tai­gnier est « atteint de la maladie de l’encre ». Nul ne connaît cette maladie, par contre le châ­tai­gnier des Billou­teaux, comme tous les châ­tai­gniers non entre­tenus de la région, a le chancre. Faut-​​il pour cela tous les abattre ? Le chancre se soi­gnant avec un minimum d’attention et d’entretien. Bref, Mon­sieur Anodin s’acharne contre Nanette qui, malgré la fatigue de son âge, rend chaque jour que Dieu fait visite à son châ­tai­gnier qui fait partie de sa vie de son envi­ron­nement. Pour Nanette, cet arbre, c’est un être vivant !

Cette his­toire serait clo­che­mer­lesque si le maire de cette petite commune arié­geoise n’était en même temps entre­preneur de travaux publics avec son fils, lui-​​même maire de la commune voisine de Contrazy. Et si tous deux ne confon­daient pas leurs res­pon­sa­bi­lités d’élus avec leurs intérêts personnels.

Mais Nanette n’est pas seule. A maintes reprises, les membres de l’association « la Pato de Loup » lui apportent leur soli­darité. Des pique-​​niques et des cas­ta­gnades au pied du châ­tai­gnier ras­semblent à chaque fois une cen­taine de per­sonnes. La mobi­li­sation pour sauver le châ­tai­gnier de Nanette devient le symbole d’une résis­tance contre l’acharnement d’un élu sur l’une des ses admi­nis­trées. Un combat contre la bêtise et l’injustice.

Le condamné à mort a fina­lement été exécuté en 2004, même si l’on s’est aperçu après coup qu’il n’était pas cou­pable. Comme quoi les erreurs judi­ciaires existent même pour les arbres… Aujourd’hui, à quelques cen­ti­mètres de la souche, s’élève fiè­rement un châ­tai­gnier, résultat d’un semis du vieux Pato de Loup, greffé en 2006. Un joli pied de nez à la bêtise humaine.

Jean-​​Claude Geoffroy (merci à José Cli­villé)- Paru dans « La feuille du verger » N°21 bul­letin d’information de la fédé­ration Rénova.

Brève histoire de la châtaigne en Ariège

Le châ­tai­gnier est l’arbre des régions sili­cieuses. Les zones favo­rables ne lui man­quaient pas dans les Pyrénées arié­geoises. Il donne des fruits consom­mable au moins jusqu’à une altitude e 700 m. Cet arbre, nulle part spontané dans les Pyrénées est cependant devenu un des éléments carac­té­ris­tiques de leur paysage. Il est sur­prenant que le châ­tai­gnier n’est pas connu une car­rière impor­tante. C’était seulement en Bel­longue et dans la région de Sainte Croix Vol­vestre que le châ­tai­gnier jouait un rôle important dans l’alimentation des habi­tants. A Ste Croix, note-​​t-​​on en 1801, non seulement on vend beaucoup de châ­taignes, mais beaucoup de par­ti­cu­liers n’ont dans ce canton d’autres res­sources quie le produit des châ­tai­gniers. Ailleurs, même s’ils étaient nom­breux, ils res­taient à l’état sauvage ; on ne se donnait pas plus que de nos jours, la peine de les greffer. Aussi, le préfet peut-​​il déclarer en 1846 que le produit des châ­tai­gniers est pra­ti­quement nul dans le dépar­tement. Nous n’avons pas relevé traces d’un usage ancien de la bouillie de châ­taignes ; celle-​​ci devrait être être sim­plement consommée grillée.

Le fait est d’autant plus étrange, que le châ­tai­gnier est abondant. Il y en avait des quan­tités au 18e siècle, dans le bassin marneux de Fougax (Lave­lanet), toute la zone des grès de Labarre, de la région de Lave­lanet jusqu’au défilé de Boussens a tou­jours porté sur ses terres blanches de nom­breux châ­tai­gniers. Ceux de la Bel­longue et de la Bar­guillère sont réputés. ( la sta­tis­tique agricole de 1900 indique 2500 quintaux de châ­taignes récoltées par le canton de Foix sur un total de 3300 pour l’ensemble de l’arrondissement). Or, il s’agit pourtant d’un arbre planté. Il faut sans doute penser à un déclin très précoce de la consom­mation de la châ­taigne, mais nous ne savons rien à ce sujet. En 1931, Goron suppose que le déclin du châ­tai­gnier (certain depuis 1902) est lié à l’introduction du maïs et surtout à l’extension de la pomme de terre ; mais aucun texte confirme cette hypo­thèse vrai­sem­blable. Au début du 20e siècle, le châ­tai­gnier est encore abondant, mais c’est surtout pour son bois qu’on l’exploite. Les ventes de l’usine de tanin de Mon­tréjeau ont entrainé la dis­pa­rition de beaucoup de vieux arbres. D’autre part, de nom­breux châ­tai­gniers sont vic­times de la maladie de l’encre (on dit qu’ils sont gelés). A peu près partout, les châ­tai­gniers sub­sis­tants ne font l’objet d’aucun soin et on mène parfois le bétail manger les fruits tombés à terre.

C’est seulement dans la région gré­seuse qui s’étend au sud du Plan­taurel que la châ­taigne fait véri­ta­blement l’objet d’une véri­table spé­cu­lation. Cette châ­tai­gneraie arié­geoise s’étend en gros d’Aigues-Juntes (Lave­lanet) à Gabre (Le Mas d’Azil) jusqu’à l’ouest de Ste Croix. Ici, les arbres sont greffés et l’on débrous­saille pério­di­quement le sous bois. En octobre, à l’époque du ramassage, toute la main-d’œuvre dis­po­nible est uti­lisée, si bien que souvent les classes sont alors presque vides. La combe de Montfa, près du Mas d’Azil, est la région la plus réputée. Les châ­taignes y sont petites mais très fines et ont moins de bois qu’ailleurs. Chaque pro­prié­taire de la commune possède son lot de châ­tai­gniers. Les prin­cipaux peuvent se faire 50 hec­to­litres vendus 100000 francs. D’ailleurs, loin de reculer, la châ­tai­gneraie de Montfa pro­gresse par peu­plement naturel au détriment des champs aban­donnés. Les mar­chands de Cazères et des bour­gades du pays viennent enlever les sacs de châ­taignes pour les expédier sur Tou­louse. (D’après « La vie humaine dans les Pyrénées arié­geoises » de Michel Che­valier. Éditions Réso­nances -1980).

A noter : »La feuille du verger », bul­letin de la fédé­ration Rénova consacre son N°22 daté de sep­tembre 2011 au projet de réha­bi­li­tation des châ­tai­gne­raies arié­geoises. (Rénova, 1 place du dôme 09350 Dau­mazan. Tel : 05 61 60 27 71.


Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

[Connexion] [s'inscrire] [mot de passe oublié ?]