Il était une fois Pato de loup le châtaignier des Billouteaux

Le 24 octobre 2010, « la Pato de loup » a organisée la première castagnade de Fabas en partenariat avec la commune et la fédération Rénova. Cette fête signait le réveil de l’association pour la sauvegarde du patrimoine naturel et bâti, créée en avril 1997 en réaction à la condamnation de Nanette à abattre le châtaignier des Billouteaux, hameau de Montardit. Retour sur la belle et triste histoire du châtaignier Pato de Loup. Chronique d’un acharnement, ou l’histoire de Nanette contre Monsieur Anodin.
Or donc, il était une fois au hameau des Billouteaux sur la commune de Montardit, sur une terre appartenant à Nanette, la dernière née en 1923 et la seule résidente permanente, un majestueux châtaignier Pato de loup. Une variété de châtaignier remarquable, âgé de plus de 120 ans au pied duquel Nanette aimait s’asseoir en pensant à sa grand-mère. Une grand-mère qui lorsqu’elle était jeune fille lui racontait les fables de la Fontaine et les contes de Perrault. Bref, pour Nanette, le hameau était un petit paradis, « le paradou » d’Émile Zola. Jusqu’au jour où ce coin de nature est devenu un enfer.
Tout commence en 1991, lorsque le maire de Montardit informe ses administrés d’un projet d’élargissement sur trois mètres d’un ancien sentier utilisé depuis des temps immémoriaux par les quelques habitants du hameau pour accéder à un lavoir et un abreuvoir. En réalité, le châtaignier de Nanette gênerait la circulation des camions bennes ouvertes (! ?) de Monsieur Anodin, ci-devant maire et entrepreneur de travaux publics. Le projet suscite la réaction des riverains et une pétition recueille moults signatures d’opposants. Du tac-o-tac, en réponse un arrêté municipal prescrit l’élagage des plantations le long des voies communales et rurales, précisant que les arbres implantés à moins de deux mètres des voies devraient être abattus, ceci aux frais des propriétaires, sans indemnisations en cas de défaut avant février 1992.…
C’est le début de près de dix ans de procédures auprès des chambres civiles et administratives rendant au fil des ans des jugements contradictoires. De lettres recommandées en arrêtés, de tribunaux en cours d’appel, d’expertises en cassation, le combat pour la sauvegarde du châtaignier des Billouteaux est une véritable saga judiciaire, un véritable acharnement de Monsieur Anodin qui n’aime pas que l’on lui résiste.
Alors que des expertises de l’ONF et de la DDE concluent à la nécessité de faire abattre le châtaignier pour des raisons de sécurité, une contre-expertise affirme que l’arbre de Nanette est très bien entretenu, que la souche vigoureuse est ancrée dans un sol sain et qu’il doit pouvoir vivre encore une bonne trentaine d’années… Qu’importe, le maire va jusqu’à affirmer que ce châtaignier est « atteint de la maladie de l’encre ». Nul ne connaît cette maladie, par contre le châtaignier des Billouteaux, comme tous les châtaigniers non entretenus de la région, a le chancre. Faut-il pour cela tous les abattre ? Le chancre se soignant avec un minimum d’attention et d’entretien. Bref, Monsieur Anodin s’acharne contre Nanette qui, malgré la fatigue de son âge, rend chaque jour que Dieu fait visite à son châtaignier qui fait partie de sa vie de son environnement. Pour Nanette, cet arbre, c’est un être vivant !
Cette histoire serait clochemerlesque si le maire de cette petite commune ariégeoise n’était en même temps entrepreneur de travaux publics avec son fils, lui-même maire de la commune voisine de Contrazy. Et si tous deux ne confondaient pas leurs responsabilités d’élus avec leurs intérêts personnels.
Mais Nanette n’est pas seule. A maintes reprises, les membres de l’association « la Pato de Loup » lui apportent leur solidarité. Des pique-niques et des castagnades au pied du châtaignier rassemblent à chaque fois une centaine de personnes. La mobilisation pour sauver le châtaignier de Nanette devient le symbole d’une résistance contre l’acharnement d’un élu sur l’une des ses administrées. Un combat contre la bêtise et l’injustice.
Le condamné à mort a finalement été exécuté en 2004, même si l’on s’est aperçu après coup qu’il n’était pas coupable. Comme quoi les erreurs judiciaires existent même pour les arbres… Aujourd’hui, à quelques centimètres de la souche, s’élève fièrement un châtaignier, résultat d’un semis du vieux Pato de Loup, greffé en 2006. Un joli pied de nez à la bêtise humaine.
Jean-Claude Geoffroy (merci à José Clivillé)- Paru dans « La feuille du verger » N°21 bulletin d’information de la fédération Rénova.
Brève histoire de la châtaigne en Ariège
Le châtaignier est l’arbre des régions silicieuses. Les zones favorables ne lui manquaient pas dans les Pyrénées ariégeoises. Il donne des fruits consommable au moins jusqu’à une altitude e 700 m. Cet arbre, nulle part spontané dans les Pyrénées est cependant devenu un des éléments caractéristiques de leur paysage. Il est surprenant que le châtaignier n’est pas connu une carrière importante. C’était seulement en Bellongue et dans la région de Sainte Croix Volvestre que le châtaignier jouait un rôle important dans l’alimentation des habitants. A Ste Croix, note-t-on en 1801, non seulement on vend beaucoup de châtaignes, mais beaucoup de particuliers n’ont dans ce canton d’autres ressources quie le produit des châtaigniers. Ailleurs, même s’ils étaient nombreux, ils restaient à l’état sauvage ; on ne se donnait pas plus que de nos jours, la peine de les greffer. Aussi, le préfet peut-il déclarer en 1846 que le produit des châtaigniers est pratiquement nul dans le département. Nous n’avons pas relevé traces d’un usage ancien de la bouillie de châtaignes ; celle-ci devrait être être simplement consommée grillée.
Le fait est d’autant plus étrange, que le châtaignier est abondant. Il y en avait des quantités au 18e siècle, dans le bassin marneux de Fougax (Lavelanet), toute la zone des grès de Labarre, de la région de Lavelanet jusqu’au défilé de Boussens a toujours porté sur ses terres blanches de nombreux châtaigniers. Ceux de la Bellongue et de la Barguillère sont réputés. ( la statistique agricole de 1900 indique 2500 quintaux de châtaignes récoltées par le canton de Foix sur un total de 3300 pour l’ensemble de l’arrondissement). Or, il s’agit pourtant d’un arbre planté. Il faut sans doute penser à un déclin très précoce de la consommation de la châtaigne, mais nous ne savons rien à ce sujet. En 1931, Goron suppose que le déclin du châtaignier (certain depuis 1902) est lié à l’introduction du maïs et surtout à l’extension de la pomme de terre ; mais aucun texte confirme cette hypothèse vraisemblable. Au début du 20e siècle, le châtaignier est encore abondant, mais c’est surtout pour son bois qu’on l’exploite. Les ventes de l’usine de tanin de Montréjeau ont entrainé la disparition de beaucoup de vieux arbres. D’autre part, de nombreux châtaigniers sont victimes de la maladie de l’encre (on dit qu’ils sont gelés). A peu près partout, les châtaigniers subsistants ne font l’objet d’aucun soin et on mène parfois le bétail manger les fruits tombés à terre.
C’est seulement dans la région gréseuse qui s’étend au sud du Plantaurel que la châtaigne fait véritablement l’objet d’une véritable spéculation. Cette châtaigneraie ariégeoise s’étend en gros d’Aigues-Juntes (Lavelanet) à Gabre (Le Mas d’Azil) jusqu’à l’ouest de Ste Croix. Ici, les arbres sont greffés et l’on débroussaille périodiquement le sous bois. En octobre, à l’époque du ramassage, toute la main-d’œuvre disponible est utilisée, si bien que souvent les classes sont alors presque vides. La combe de Montfa, près du Mas d’Azil, est la région la plus réputée. Les châtaignes y sont petites mais très fines et ont moins de bois qu’ailleurs. Chaque propriétaire de la commune possède son lot de châtaigniers. Les principaux peuvent se faire 50 hectolitres vendus 100000 francs. D’ailleurs, loin de reculer, la châtaigneraie de Montfa progresse par peuplement naturel au détriment des champs abandonnés. Les marchands de Cazères et des bourgades du pays viennent enlever les sacs de châtaignes pour les expédier sur Toulouse. (D’après « La vie humaine dans les Pyrénées ariégeoises » de Michel Chevalier. Éditions Résonances -1980).
A noter : »La feuille du verger », bulletin de la fédération Rénova consacre son N°22 daté de septembre 2011 au projet de réhabilitation des châtaigneraies ariégeoises. (Rénova, 1 place du dôme 09350 Daumazan. Tel : 05 61 60 27 71.
