Comment rembourser vos dettes avec… rien ?
L‘ étrange visite d‘une dame…
Nous sommes à Condé-sur-Gartempe. Une jeune femme, d’apparence convenable, bien qu’un peu trop fardée y débarque un vendredi matin.
Elle réserve une chambre pour la nuit à l‘Hôtel de la Gare et, comme elle n’a pas de bagage, elle laisse en acompte un billet de 100 €, tout neuf. Puis elle s’en va visiter la vieille ville.
Le pâtissier qui a vu la scène dit au patron de l‘hôtel : « Cela fait six semaines que vous me devez 100 € pour la pièce montée que j’ai livrée à l’occasion de la communion de votre fille. »
Le patron lui donne le billet de bonne grâce. Comme cette scène a été vue par d’autres, elle se reproduit cinq autres fois, car le pâtissier devait aussi 100 € au minotier… qui en devait autant au garagiste… lui-même débiteur de cette somme au boucher… qui avait à régler 100 € au représentant de la maison Erlida… lequel devait à son tour acquitter sa chambre à l’Hôtel de la Gare pour 100€. Il redonne donc le billet au patron de l’hôtel.
Ce vendredi soir, en rentrant de promenade, la jeune femme annonce, qu’ayant fait une rencontre, elle annule sa réservation. L’hôtelier lui rend donc son billet. Elle le regarde de près. Elle le tient vers la lumière. « C’est effectivement mon billet ». Elle sort son briquet et le brûle. « C‘était un faux billet », dit-elle en souriant, se tourne et s‘en va.
Pourquoi un faux billet a-t-il été capable de catalyser autant d’échanges ?
Parce qu’un billet est de la monnaie fiduciaire (du latin fiducia : confiance). C’est exclusivement une « valeur de confiance » entre les membres d’une communauté.
Dans un autre pays, il n’aurait pas été accepté. Un faux billet perd sa « valeur » seulement au moment où il se révèle faux et n’est plus accepté par celui qui le reçoit. C’est celui qui le détient en dernier qui assume la perte. Dans cette histoire il n’y a pas eu de perte sauf pour la Dame de Condé qui savait de toute façon que son billet était faux. Cependant, il semble bien que la circulation de ce faux billet ait comblé une carence de pouvoir d’achat à Condé-sur-Gartempe. En effet, en réservant sa chambre, la jeune femme a augmenté de 100 € la masse monétaire du village, ce qui a permis à six personne d’éteindre réciproquement leur dette pour un montant total de 600 €. La « qualité » de la monnaie utilisée, bonne ou mauvaise, fut indifférente.
Pour lire la suite, très intéressante…
http://www.journarles.org/IMG/pdf/L…