Réforme des départements
La réforme de l’architecture institutionnelle de notre Pays est engagée. En pleine crise économique le lancement d’un tel chantier apparaît à bien des égards décalé par rapport aux urgences de nos concitoyens.
Si nombre d’élus s’accordent sur la nécessité de clarifier les différents niveaux de collectivités locales pour rendre plus lisible et plus efficace encore le fonctionnement de nos institutions, l’approfondissement de la décentralisation ne saurait passer par l’affaiblissement des collectivités locales, en particulier des Départements dont la légitimité historique et le rôle d’aménageurs du territoire national ne se sont jamais démentis. C’est tellement vrai que depuis plus de six ans les gouvernements qui se sont succédé n’ont eu de cesse de leur confier des responsabilités nouvelles.
Depuis que le “ Comité Balladur ” s’est mis en place, c’est peu dire que le sentiment de cacophonie a prédominé et que les déclarations floues et contradictoires se sont succédé. Les multiples annonces du Chef de l’Etat, en particulier celle de la suppression de la taxe professionnelle, ont régulièrement interféré avec le travail de ce comité.
Dans ces conditions, le Comité Balladur ne peut déboucher que sur un rapport contestable qui porte en germe la disparition progressive des départements, et des communes.
Réunis à L’Isle Jourdain ce vendredi 26 mars 2009, les Présidents des Conseils Généraux de l’Ariège, du Gers, de la Haute-Garonne, des Hautes Pyrénées, du Lot, du Tarn et du Tarn et Garonne ont tenu à dénoncer les propositions du “ rapport Balladur ” et exprimer leur détermination à défendre ensemble un échelon départemental trop souvent caricaturé mais essentiel pour l’avenir et la prospérité des territoires de Midi-Pyrénées.
Nous disons “ oui ” à la décentralisation jusqu’au bout et non à la recentralisation :
Vingt-six ans après les lois Mauroy-Defferre nous disons “ oui ” à un approfondissement de la décentralisation et nous sommes plus que jamais favorables à une réforme de l’organisation territoriale. Mais nous voulons une décentralisation jusqu’au bout, avec un “ Etat stratège ” et des collectivités locales autonomes et responsables. Organisés en blocs de compétences : le bloc de proximité étant incarné par les communes, les intercommunalités et les Départements.
Avant même de parler de réforme, nous voulons que l’Etat clarifie sa propre organisation territoriale et verse aux départements ce qu’il leur doit :
Nous voulons des compensations qui soient à la hauteur des dépenses réellement engagées pour financer des compétences autrefois assurées par l’Etat.
Un sentiment d’humiliation pour les départements.
Depuis le discours du Président de la république à Toulon le 25 septembre 2008, un procès à charge est instruit contre des collectivités locales chargées de tous les maux. La décentralisation ne serait plus qu’une source de gabegie coûteuse pour le contribuable. L’organisation territoriale de la république est sempiternellement comparée à un “ mille-feuille inefficace ”. Les études les plus sérieuses - celle réalisée par le cabinet KPMG pour le compte de l’ADF en particulier - ont rapidement démontré que le slogan “ moins d’échelon = moins de taxes ” ne correspondait à aucune réalité. La fusion des départements et des régions générerait aucune véritable économie.
Dans les faits, moins d’échelons, ce sera surtout “ moins de services ” pour les citoyens.
Il faut tordre le cou à l’idée propagée par le Gouvernement selon laquelle les collectivités locales seraient dispendieuses et responsables de la situation d’endettement de notre Pays.
Il est bon de rappeler que les dépenses des collectivités locales ne représentaient en 2007 que 11% du PIB et 13% des prélèvements obligatoires. Dans le même temps, les collectivités locales participent à hauteur de 73% à l’investissement public avec un endettement qui ne représente que 10% de l’endettement national.
Il y a quelque chose d’humiliant à voir un Gouvernement dispenser en permanence des leçons de gestion à 36 000 communes, 102 départements et 22 régions qui depuis des dizaines d’années votent leurs budgets respectifs en équilibre, au moment où ce même Gouvernement annonce un déficit de 104 milliards (5,4% du PIB), une dette publique qui file vers les 80% du PIB, et un recul de ce même Produit Intérieur Brut en 2009 qui constituera le plus mauvais résultat pour notre Pays depuis 1944.
Il y a y a quelque chose de dangereux à stigmatiser les élus locaux et les collectivités de proximité qui jouent un rôle majeur pour le lien social.
Les départements supprimés ?
Plusieurs des propositions du rapport Balladur, si elles étaient adoptées, conduiront à accroître la confusion, à diminuer l’efficacité des politiques publiques et à aggraver les inégalités entre les territoires, et donc les citoyens.
Les départements de Midi-Pyrénées ont tous leur propre histoire et une identité forte. Nous excluons catégoriquement toute fusion entre nos territoires. Une telle fusion priverait les élus départementaux des relations de proximité qui font la force des départements dans leurs interventions sociales au bénéfice des personnes âgées, handicapées, des familles, des personnes en situation de précarité. En rompant le lien entre le citoyen et l’institution départementale, c’est la proximité qui est sacrifiée au profit de l’idée abstraite “ d’économie d’échelle ”. Est-ce la modernité d’éloigner les fonctionnaires et les élus des territoires ? Est-ce la modernité de donner naissance à des machines administratives géantes où le rôle de l’élu s’effacera peu à peu ? Au contraire, nous estimons qu’il faut plus que jamais réhabiliter l’action locale, qu’il s’agisse des compétences traditionnelles dévolues aux départements, ou des enjeux émergeant comme la promotion d’un développement durable. Il faut saisir le danger que signifierait la création de "métropoles" tentaculaires, d’abord dans onze départements. Jusqu’à présent, la solidarité entre l’urbain, le périurbain, le rural, s’exprimait à travers le budget du Conseil Général et ses politiques, dont une aide puissante aux communes. Aujourd’hui, dans le cadre d’une philosophie libérale en lambeaux, on voudrait donner tous pouvoirs et ressources à quelques "champions urbains" plongés dans la concurrence mondiale. C’est pousser jusqu’au bout ce mot d’ordre de "compétitivité " que l’Etat emploie à tout bout de champ. On espère ainsi que quelques "miettes" pourront retomber sur les territoires voisins : ceux où ont du aller se loger les classes populaires et moyennes et où l’on ferme les services publics. Mais sans outil politique solide, à l’instar d’un Conseil Général ancré dans les cantons, ce partage équitable des richesses ne pourrait pas exister : nous verrions les déséquilibres de toutes sortes s’amplifier. Quelle absurdité, en outre, de confier à ces métropoles les compétences du Conseil Général sur leur territoire ! Ce n’est pas cela qui leur permettrait de s’affirmer en cités attractives. Nos métropoles ont surtout besoin de moyens pour se concentrer sur de grandes priorités : l’enseignement supérieur, la recherche, la révolution écologique, la culture, l’urbanisme… En disloquant les compétences départementales entre l’urbain et "le reste du département", on va rendre incohérent et certainement plus coûteux l’exercice de ces missions. Avons-nous besoin sur un même département de deux politiques de l’insertion, du handicap, des personnes âgées, des collèges ? Cette mesure, prônée au nom d’une soi-disant “ clarification ” est porteuse de graves dangers. La clause de compétence générale permet aux Conseils Généraux d’intervenir chaque jour de manière volontaire dans de nombreux domaines tels que le développement économique, l’environnement, le tourisme, la vie associative ou le soutien aux communes. Quand on examine la plupart des réalisations d’importance dans chacun des 8 départements de Midi-Pyrénées, on constate qu’elles sont le fruit de cette capacité reconnue aux Conseils Généraux d’aller au-delà de leurs compétences propres, et de répondre à des attentes nouvelles des populations. Sans la clause générale de compétence des milliers de communes de Midi-Pyrénées seraient aujourd’hui privées de haut débit. Sans cette clause générale, comment l’Etat s’y prendrait-il pour nous appeler à financer la Ligne à Grande Vitesse, les routes nationales, l’université… ? Cette proposition est une atteinte grave à l’esprit et à la lettre de la Décentralisation engagée en 1982. C’est la résurgence de la tutelle d’un autre temps..Quand Edouard Balladur suggère de “ définir, dans le cadre d’un débat annuel au Parlement, un objectif annuel d’évolution de la dépense publique locale ”, il accrédite le mythe des collectivités locales “ responsables de l’endettement dans notre Pays ”. Au regard de la faillite actuelle des comptes de la Nation, on est en droit de s’interroger pour savoir si ce sont plutôt les maires, les conseillers généraux et régionaux qui devraient se réunir annuellement pour contrôler l’évolution de la dépense publique nationale. Le 4 février dernier, sans aucune concertation préalable avec les élus et leurs représentants, le Président de la République annonçait la suppression pure et simple de la taxe professionnelle. Cette taxe représente aujourd’hui plus de 60% des recettes fiscales des collectivités, contribuant ainsi à leur autonomie fiscale. Comme on pouvait le redouter, le rapport Balladur reste très évasif quant aux recettes qui compenseront un manque à gagner évalué à 25 milliards d’euros dans le budget des collectivités locales. Les propositions qu’il esquisse sont imprécises, voire farfelues. A l’évidence, le Gouvernement commettrait une lourde erreur s’il coupait le lien entre les entreprises et les budgets locaux. Au moment où l’Etat incite les collectivités locales à soutenir la relance, ce serait même une aberration. Les entreprises ont plus besoin de commande publique (mais aussi d’infrastructures et d’équipements publics) que de nouvelles et coûteuses largesses fiscales. Face à une offensive qui annonce la mort, à terme, des Départements et des communes les Présidents des Conseils Généraux (Ariège, Haute-Garonne, Gers, Lot, Tarn, Tarn-et-Garonne, Hautes-Pyrénées)
ont adopté la déclaration commune suivante : Nous invitons solennellement le Chef de l’Etat à ne pas “casser ce qui marche ” au moment ou une crise économique sans précédent frappe notre Pays. Le Gouvernement a montré depuis des mois son incapacité à enrayer le déclin de notre économie et les conseils généraux seront, une fois de plus, en première ligne pour faire face à l’urgence sociale, soutenir la croissance et préserver l’emploi. Alors qu’aucune mesure n’est prise en faveur du pouvoir d’achat des français, ce sont les conseils généraux, chefs de file de l’action sociale, qui organisent au quotidien la solidarité envers les plus fragiles de nos compatriotes. Alors que la Région Midi-Pyrénées a été une fois de plus oubliée par le plan de relance national, ce sont les collectivités locales – Région, Départements - qui porteront à bout de bras l’investissement public malgré le poids d’une décentralisation mal compensée. Dans ce contexte, c’est au renforcement du Département plutôt qu’à son affaiblissement qu’il conviendrait de s’atteler. Nous réaffirmons notre attachement à l’intégrité d’un Conseil Général légitimé par l’exercice du suffrage universel, libre de ses décisions dans le cadre des lois de la République, capable de définir et de financer - par le vote de la recette et de la dépenses locale - des projets utiles pour le département qu’il représente. Nous restons attachés à l’élection des conseillers généraux au scrutin uninominal à deux tours, élection indépendante de celle des conseillers régionaux. Nous demandons le maintien de la clause générale de compétence qui garantit la capacité des Conseils Généraux à mener des politiques territoriales efficaces, grâce à une vision souple des compétences. Nous réaffirmons le besoin d’une réforme destinée à parfaire la décentralisation engagée par la gauche en 1982. Nous voulons que cette nouvelle étape garantisse effectivement la compensation des transferts de charges. Il faut aussi une réforme de fiscalité locale, juste et pérenne. Il faut une réforme qui renforce la démocratie locale et permette de créer les conditions de l’égalité républicaine sur chaque parcelle de notre territoire national. Dans les semaines qui viennent, nous engagerons une grande campagne dans nos départements respectifs pour promouvoir l’action du Conseil Général afin de rappeler qu’il intervient chaque jour dans la vie quotidienne des habitants auxquels il rend des services indispensables. Nous savons les citoyens et les élus locaux attachés à leur Département. C’est fort de leur soutien que nous voulons faire entendre notre message au Gouvernement.
