Taille rase, chez ERDF !
Bonjour,
C’est en cherchant des infos et des ressources juridiques sur Internet hier et aujourd’hui 1er novembre 2011, que je suis tombée sur l’article Montardit publié sur votre site, et je souhaitais donc vous apporter à mon tour mon témoignage, et malheureusement, le récit des faits qui ont eu lieu fin octobre sur ma propriété, également en activité agricole sur ce lieu.
J’ai fait la douloureuse expérience, d’arriver ce 31 octobre 2011 dernier, sur le haut de mes parcelles, interpellée par le bruit des tronçonneuses, du carnage opéré par deux ouvriers mandatés par EdF au travers de leur entreprise. Voir des arbres sur lesquels on veille régulièrement, et au milieu desquels il fait bon se promener, décapités et abîmés, le tout sans être prévenue, c’est déjà très difficile, mais quand tout est rasé à 20 ou 30 cm du sol, y compris les plantes aromatiques, qu’il ne reste que des souches, le choc est rude, très rude … Quand en plus vous prenez soin de ces arbres, en en récoltant avec parcimonie les fruits pour les transformer en produits précieux (huile essentielle par exemple), et de façon à ce qu’il puisse continuer à croître sans préjudice, au contraire, en leur permettant de pousser encore mieux et plus vite, ceci constituant également des revenus, là la colère explose, même chez les plus calmes.
Je suis propriétaire et fermier sur la petite commune de CONAT dans les Pyrénées Orientales (66500), donc non loin de l’Ariège, sur quelques dizaines d’hectares, sur lesquels je suis donc aujourd’hui également producteur/transformateur en productions végétales (baies, petits fruits, PPAM), et bientôt éleveur dans la diversification de mes activités. Je suis installée sur ce lieu depuis un peu plus de 10 ans, avec mes enfants, propriétaire d’une maison, donc habitant sur place. Travaillant également sur des recherches en santé naturelle, je me passionne depuis de nombreuses années pour l’apport des baies à antioxydants, et des huiles essentielles dans des pathologies diverses, notamment en neurologie et maladies neuro-dégénératives. C’est donc tout naturellement que les trésors se trouvant sur ce terrain m’ont apporté beaucoup de réponses : les baies d’églantier, la prunelle, le thym, la lavande, le génévrier, l’aubépine, etc … sont autant de plantes diverses qui par leur intérêt médicinal accompagnent dans les formes galéniques appropriés la guérison de nombreux maux, sans effet nocif. Je cultive également en annuel/semi-pérenne des physalis.
Au milieu de ce paradis de la biodiversité et des merveilles médicinales comme seule la nature sait en produire, une jolie petite ligne électrique traverse les parcelles, avec environ quand même une vingtaine de poteaux sur l’ensemble de nos parcelles privées. J’ai donc vu passer 3 à 4 fois en ces dix ans les bûcherons pour venir entretenir sous la ligne cette dernière décennie, et à chaque fois en mon absence, sans jamais avoir été prévenue à l’avance de leur passage, ni par l’ONF qui délègue des ouvriers en tant que prestataire ponctuel pour EdF, ni par EdF ou toute autre entreprise. Il y avait eu aussi en 2001, la coupe de bois dans une forêt de pins plus haut, avec le passage des engins de débardage, qui par leur largeur à certains endroits, ont arrachés d’énormes arbres après les avoir coupé ; les souches énormes retournées sont encore au sol parmi les jeunes arbres qui ont repoussés ; ça c’est encore en plus … Lors de l’entretien de ces lignes, on revient une fin d’après midi, et le « travail » est fait … Les arbres sont étêtés à 2-3 m sous les lignes qui planent à environ 7 m au-dessus du sol et plus. Pas très esthétique, mais c’est pour « la bonne cause ».
Seulement en ce début de semaine et veille de Toussaint, nouvelles techniques ici à Sainte-Croix, le nom de notre lieu également : on rase, jusqu’au églantiers, à la prunelle, et même la lavande maritime, et le thym !!! Plantes réputées pour pousser à 7 m de hauteur et même plus, c’est bien connu ! Surtout ici dans les Pyrénées Orientales, un des départements les plus secs de France ! Des ouvriers étaient déjà passer l’année dernière, ayant coupé assez bas la plupart des arbres sous la ligne, et le peu qui avait repoussé ne gênait nullement le bon fonctionnement de celle-ci, bien loin au-dessous des fils. Donc au total, ce sont plusieurs chênes verts de plus de vingt ans, 55 genévriers cade, donc un de 58-60 ans, un de 68-70 ans (plus anciens que la ligne posée dans les années 70), et une moitié entre 20 et 30 ans, le reste étant des « petits » de moins de 20 ans (il est facile de compter leur âge sur la pauvre souche qui seule reste au sol), une cinquantaine d’églantiers de 10 à 20 ans, 7 de plus de 30 ans, de la prunelle, de la lavande, du thym, qui eux cependant repousseront vite.
De quel droit EdF vient mandater des ouvriers pour tout raser, sans prévenir, sans faire le tour avec le propriétaire afin de voir ensemble, sans se soucier de savoir si certains arbres n’ont pas un intérêt particulier, voir même ne sont pas protéger, les mandate pour couper, débroussailler, raser, jusqu’à 3 mètres de distance de la maison, mon potager en fait (j’ai de la chance de ne pas avoir vu disparâtre des variétés rares de sauge culrivées juste au dessus),des arbustes d’à peine un mètre de hauteur, choyés, entretenus, cueillis et produisant encore plus de baies après chaque année de cueillette comme c’est le cas pour les églantiers, maison occupée et habitée sans même venir voir l’habitant, sans convention de servitude à ma connaissance de surcroît sur ce terrain comme EdF se doit d’en avoir une ?
Ici, nous sommes sur un versant exposé plein soleil, sud sud ouest, avec jusqu’à 38 degrés à l’ombre l’été, de la lande dans le caillou, une pluviométrie annuelle entre 550 et 750 mm en moyenne selon les années à cette alititude de 650 m, avec jusqu’à 3 semaines d’affilée et plus sans une seule goutte d’eau tous les ans sur la période mai-octobre (parfois en août, parfois en septembre comme cette année, ou encore parfois en juin). Nous avons également des périodes de vent pendant deux trois jours d’affilée, qui assèche tout ; même une forte pluie ne pénètre pas à plus de 10-15 cm dans le sol à cet endroit ! Un églantier non entretenu poussant en sauvage met plusieurs années à ne faire ne serait qu’une dizaine de branches et 1m50 de hauteur si on ne s’en occupe pas. En ce qui concerne les chênes verts, ils mettent du temps à pousser, mais certains peuvent effectivement atteindre 7 m et plus. Mais les genévriers cade comme ceux qui ont été coupés, en décalage de deux à trois mètres à droite ou à gauche par rapport à l’aplomb de la ligne de plus, dont deux de plus de 50 ans, n’arrivaient même pas à plus de 3 m de hauteur (les plantes soumises à la sécheresse se développent plus en largeur, ils sont donc plus larges parfois que haut … comme c’était le cas pour ces magnifiques arbres qui ne sont plus). En quoi ces arbres étaient menaçants pour cette ligne EdF ? Combien d’années, voir de décennies allaient-ils encore mettre avant d’en toucher un seul fil, du bout d’une branche, à un seul endroit ?
J’ai donc appeler la gendarmerie en ce lundi 31 octobre, et deux gendarmes sont heureusement venus rapidement constater sur place, d’autant plus que la pression sanguine dans ma caboche ayant pris une couleur écarlate étaient au summum, au bord de l’explosion, mais pas encore prête cependant non plus à toucher le premier fil EdF, toujours à 7 m au dessus de ma marmite en ébullition, d’autant plus donc que les deux ouvriers ne voulaient pas partir de là, décidés à achever leur travail, deux gentils bonshommes qui se devaient sûrement de ne pas traîner s’ils voulaient pouvoir toucher leur maigre pittance pour cette ingrat et fatiguant travail de destruction végétale massive chronométré …
Et porté plainte ce mardi 1er novembre, où plutôt que d’apporter des fleurs au cimetière, j’ai apporté des branches de cade et des baies d’églantier aux gendarmes afin de les aider à tenir après leurs longues nuits blanches auprès des divers faits divers de divers individus diversifiés, comme ma végétation ici, plainte reçue avec beaucoup d’attention et de sérieux, mais n’avions nous tous pas mieux à faire, et dans tous les cas, le mal n’est-il pas fait ?
Je dois donc maintenant aussi passer pas mal de temps à rechercher toutes les obligations administratives légales des uns et des autres, les documents qui ont été faits ou auraient dû être faits, compléter plainte et courrier avec toutes les photos du saccage (plus d’une centaine tout au long de la ligne, deux heures de mon temps ce matin) à imprimer en plusieurs exemplaires, envoyer mon courrier à EdF, faire ma déclaration à l’assurance, passer les appels téléphoniques auprès de l’ONF, du Parc Naturel Régional, des Réserves Naturelles, des mairies (parcelles sur deux communes différentes, ligne servant à alimenter les 3 petites communes de la vallée que les parcelles surplombent, et l’antenne relais TDF/GSM sur le mont Coronat), du CRPF ? établir un recensement au plus exact des arbres et arbustes coupés si je veux faire valoir mes droits, et chiffrer au plus juste la perte d’exploitation occasionnée. Je suis cependant juste en train de travailler 10-12h par jour en cueillette et transformations pour les foires de Noël … Donc vol de mon temps de travail, ou sinon, je dois faire l’impasse sur la défense de mes droits, et du droit des arbres, au respect de la Nature.
Pendant qu’EdF continue d’encaisser mes factures après destruction des arbres et de la végétation précieuse et si jolie (certes très modestes, peu énergivores que nous sommes sur notre petite montagne …) ???
Une raison de plus pour passer au solaire/éolien intégral autonome non ???
Colette GAULIER HEME
